# Méditation Guérisseuse #

Publié le par Ysera

Une méditation qui s'est imposée à moi plus que je ne l'ai menée, alors que j'essayais de faire partir mes douleurs aux jambes par la relaxation et la visualisation.

 

« Vous ouvrez les yeux, d’abord à demi. Ils ne veulent pas s’ouvrir plus que cela pour l’instant. Vous êtes allongé sur le dos, et le ciel au-dessus de vous, même partiellement dissimulé par les feuilles des arbres qui vous entourent, est très lumineux. Le soleil vous aveugle légèrement. Vos sens s’éveillent peu à peu. Votre audition se fait claire. Des sons doux et mélodieux se font entendre. Une belle voix murmure un chant dans une langue qui vous est inconnue. Un instrument l’accompagne ; vous aimeriez beaucoup les voir, mais pour l’instant vos membres n’obéissent pas, ni votre main qui aimerait se crisper sur l’herbe douce, ni votre genou qui aimerait se plier, ni votre tête qui aimerait se tourner. Alors que vous vous efforcez de lutter contre cette force invisible qui vous immobilise, vous vous sentez peu à peu envahi de douceur. Une légère bise effleure les quelques feuilles qui vous entourent : elles se mettent à danser, à quelques centimètres au-dessus de votre tête. Votre vision se fait de plus en plus claire. Curieusement, ces feuilles joyeuses sont à la fois teintées des couleurs du printemps et de l’automne. Vous avez tout juste le temps d’admirer de grandes nervures rousses parcourant le vert intense avant que les feuilles ne s’envolent plus loin et quittent votre champ de vision. Vous tentez de les suivre du regard, mais votre tête refuse toujours de tourner.

 

La distraction passée, votre attention se tourne de nouveau vers les sons mélodieux qui semblent de plus en plus proches. Ou peut-être votre audition est-elle enfin redevenue parfaite ? Une ombre vous survole furtivement, puis s’approche de nouveau, timidement, alors que vous entendez de très légers bruissements dans l’herbe. Un visage doux se penche vers vous. Doux et curieux, celui d’une femme aux grand yeux clairs et aux longs cheveux parsemés de petites tresses. Elle effleure votre joue du dos de sa main et se tourne vers la source de la mélodie. Elle semble dialoguer avec quelqu’un d’autre, et pourtant aucun son ne franchis ses lèvres. Pourtant, ces paroles silencieuses semblent vous faire du bien, vous vous sentez plus léger, et vos mains commencent à vous répondre. Vos doigts se crispent pour se détendre petit à petit. Une sensation de guérison vous envahi. Est-ce la douce main de l’inconnue qui glisse lentement vers votre épaule qui vous donne ce sentiment de bien-être ? Elle continue négligemment son chemin, et vient saisir votre main. La belle a de nouveau le visage tourné vers vous et vous sourit. Elle tire légèrement sur votre main, vous invitant à vous lever et à la suivre, mais votre corps ne frémit même pas. Elle se penche alors un peu plus, et pose cette fois ses deux mains sur votre visage. Une chaleur agréable envahi vos joues. Vous sentez parfaitement ses mains, et tout à coup, vous sentez tout aussi parfaitement le sol sous votre corps. Alors que jusqu’ici, vous n’y aviez pas prêté attention, le sol vous semble soudain froid, humide, dur comme de la pierre. Vous sentez une racine au milieu de votre dos, et une autre au niveau des reins. Vous vous sentez comme mal installé, et pourtant vous n’avez pas bougé. Le toucher est revenu à son tour.

 

Après un moment qui vous semble interminable, votre tête consent enfin à vous obéir. Vous la tournez lentement à votre gauche, puis à votre droite, mais vous n’arrivez toujours pas à apercevoir la source de la mélodie. Vous découvrez que vous êtes dans une clairière. La forêt plus loin est très dense, les arbres sont d’une hauteur que vous n’auriez jamais pu imaginer. Leurs écorces sont claires, leurs branches hautes et nombreuses, leurs feuilles des mêmes teintes que celles aperçues un peu plus tôt, couleur printemps mêlé d’automne. Vous avez également entrevu les ruines d’un ancien lieu de prière, bâti dans une pierre blanche rongée par le temps et les plantes. Vous pensez avoir aperçu une statue, mais vous n’en êtes pas certain, ce décor semble si lointain.

 

La jeune femme cherche à capter votre regard et votre attention. En tournant de nouveau la tête, vous remarquez ses oreilles légèrement pointues. C’est peut-être une elfe, ou une fée des bois. Elle semble avoir compris le pouvoir que ses mains exercent sur vous, alors elle commence à les passer doucement sur le haut de votre corps. A mesure qu’elle vous effleure, vous sentez des fourmillements dans la poitrine, dans le ventre, mais aussi dans le dos : votre corps d’éveille peu à peu. Vous sentez votre cœur battre, lentement, et votre ventre gargouille. Les racines dans votre dos vous semblent de plus en plus gênantes. Au moment où les mains de l’inconnue parviennent à vos hanches et vos cuisses, vous parvenez à vous redresser à demi. Vous ressentez un léger vertige, votre tête tourne un peu. Cependant, votre vision reste claire. Vous pouvez enfin voir d’où provient ce fabuleux son enchanteur. Sur une roche plate à quelques dizaines de mètres de vous est assise une autre femme, très semblable à la première tout en paraissant plus âgée. Elle porte une longue robe couleur automne, très claire, et ses cheveux tombent en cascade dans son dos et sur la pierre qui lui sert d’assise. Elle tient à la main une grande harpe qui semble habitée, presque vivante, et qui vibre à chaque pincement de corde. Elle chante.

 

Cette vision vous a laissé statique un moment. Absorbé, envoûté, dépendant de cette mélodie et de la voix de la femme. Ses longs cheveux roux, ses grands yeux verts, ses lèvres roses et si fines, sa peau blanche et laiteuse, ses mains agiles flottant sur son instrument… mais quelque chose vous sort de votre contemplation. Une sensation extrêmement désagréable. Vos jambes commencent à vous faire ressentir leur présence à mesure que l’elfe y passe ses mains, et la vive douleur qui les parcourt vous crispe. Vous avez mal, vous êtes fatigué, vous avez envie de marcher pour faire passer cette douleur. Vous sentez que vous ne parviendrez pas à vous lever seul et à faire les premiers pas sans appui. La jeune femme à vos côtés semble avoir lu dans vos yeux votre appel à l’aide.

 

Alors qu’elle vous aide à vous relever et vous appuie sur son épaule, vous vous éveillez un peu plus à la nature qui vous entoure. Des fragrances de plantes humides vous parviennent, ainsi que toutes les odeurs d’une forêt pleine de vie, en constante renaissance. Vous vous avancez tous les deux vers la deuxième femme, lentement mais sûrement. Vos jambes vous font décidément trop mal pour oser accélérer le pas, même en étant soutenue. A mesure que vous approchez, la Dame ralenti peu à peu son rythme de jeu et de chant, pour finir dans un murmure une fois que vous êtes parvenus face à elle. Elle est souriante elle aussi. Ses grands yeux sont fixé dans les vôtres, elle ne détourne pas son attention, ne vous dévisage pas. Après un moment d’observation, elle vous invite à vous diriger vers le sanctuaire de pierres blanches, en ouvrant la marche.

 

Le chemin vers ce lieu sacré vous semble interminable, et même si votre attention est distraite par les immenses arbres et les sons de la forêt, ainsi qu’un étrange parfum vous incitant à regarder autour de vous pour trouver l’éventuelle présence d’un grand point d’eau, la douleur est toujours présente et vous empêche de profiter pleinement du cadre dans lequel vous vous trouvez. Une fois arrivés au pied de la statue à demi brisée, les femmes vous installent sur un banc de pierre froide, aussi blanche que le reste du sanctuaire. Elles s’éloignent de quelques pas, se penchant sur les plantes qui vous entourent, s’approchant au pied de la statue, semblant ramasser quelque chose. Votre regard se détache d’elles pour monter vers le visage endommagé de la statue. Elle vous fixe. Son air emble sévère. Sa posture guerrière et l’oiseau de proie trônant sur son épaule vous laisse plein d’interrogations. Elle n’a rien de semblable avec les deux femmes qui reviennent lentement vers vous l’air bienveillant, les bras chargés de plantes. Elles s’agenouillent près de vous, et à même la pierre commencent à broyer et mélanger leurs plantes. Une odeur soutenue mais agréable s’en dégage. Alors qu’elles s’appliquent à leur préparation, votre attention se tourne de nouveau vers la statue. Curieusement, ses yeux ont pris une nouvelle direction. L’arc dans sa main, comme un indicateur, montre la direction opposée à celle que vous avez empruntée avec les deux elfes. Vous commencez tout juste à vous interroger sur la signification de cette statue quand une vive sensation aux jambes vous fait sursauter. Les deux femmes, après avoir remonté votre habit jusque vos genoux, se sont mises à enduire vos jambes de leur préparation qui semble glacée. Vos jambes sont plus douloureuses une fois manipulées, et le cataplasme vous ajoute cette sensation désagréable d’être emprisonné. L’opération dure un moment qui vous paraît interminable. Vous n’avez plus envie de regarder la statue, alors plus rien ne vous distrait pendant qu’elles œuvrent. Votre visage se crispe, vous êtes impatient, votre corps s’engourdit.

 

Une fois que les femmes se relèvent, après avoir enduit vos jambes de la cheville au genou, vous faites mine de faire de même, mais vous ne tenez plus tout à fait debout. Le temps de tressaillir et de vaciller et les deux inconnues vous rattrapent, chacune d’un côté, et vous éloignent du sanctuaire. Pas même un dernier coup d’œil à la statue, et pourtant vous sentez qu’elle vous regarde, qu’elle vous suit jusqu’à ce que vous disparaissiez complètement de sa vue. Sa présence vous habite. Vous avez envie de demander aux elfes ce que cette statue représente, mais quelque chose vous murmure qu’elles ne vous répondraient pas. Alors c’est en silence que vous continuez à avancer au travers de la forêt, au milieu des arbres vieux comme le monde, observés par moments par les habitants des lieux.

 

La forêt commence à s’amenuiser à mesure que vous avancez. Au loin, vous apercevez une étendue d’eau allant jusqu’à l’horizon : la forêt donne sur une baie qui s’offre à l’immensité de la mer. Vous vous sentez d’un coup un peu plus léger. Cette vision emporte votre esprit. Les deux femmes prennent soin de vous conduire jusqu’au bord de l’eau. Puis, se tenant face à vous, elles vous regardent en souriant. Vous vous sentez couvé, une grande bienveillance vous entoure. Elles ne prononcent toujours aucun mot, et pourtant des images et des paroles résonnent en votre esprit. Elles vous invitent à vous allonger sur la plage, au bord de l’eau. Vous vous exécutez, en prenant d’abord le temps de vous asseoir. Le sable, bien qu’humide, est doux et agréable au toucher. Il brille sous les rayons du soleil reflétés par l’eau qui s’abat en vaguelettes à vos côtés. Un peu d’eau de mer vous éclabousse le visage et vous sentez le sel sur vos lèvres. Ca y est, tous vos sens sont revenus. Vous ressentez cette dernière découverte comme un signal. Vous finissez par vous allonger complètement. Le cataplasme sur vos jambes est devenu sec et dur, vous laissant l’étrange impression qu’il pourrait ne plus partir, mais la douleur semble déjà amoindrie. Une fois étendu de tout votre long, vous attendez patiemment. Pendant de longs instants, rien ne se passe. Mais tout à coup, une vaguelette vient mourir sur vos chevilles. Alors que vous tressaillez, les ombres derrière vous s’effacent. Elles ne sont pas reparties en direction de la forêt mais se sont dissipées, évaporées, comme une fumée qui se dissout lentement. Vous fermez les yeux en profitant de l’eau sur vos chevilles. Peu à peu, les vaguelettes deviennent plus importantes, montant d’abord jusqu’à vos mollets, puis atteignant vos genoux. A mesure que l’eau vient et se retire, elle semble emporter d’infimes fragments de votre cataplasme ; et à chaque fragment qui disparait, une image apparait dans votre esprit, comme une pièce de puzzle ou une toile qui se peint peu à peu. Vous ouvrez les yeux et remarquez que les couleurs de la plage se dissipent à leur tour. Le monde change à mesure que votre cataplasme agit et se décompose, et que votre douleur s’amenuise. Le paysage disparait. Le beau ciel semble figé, le sable ne brille plus, la mer monte comme pour tout recouvrir, mais vous épargne néanmoins. Vous restez détendu, vous savez que rien de mal ne vous arrivera. Les derniers morceaux du cataplasme fondent dans l’eau. Tout se transforme.

 

Regardez autour de vous, vous reconnaissez ces murs qui se dessinent, ces objets qui apparaissent… vous êtes de retour chez vous, tout vous est familier, et la douleur ne vous habite plus. »

 

 

)O(

Publié dans Autel et Grimoire

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